Garder le moral (ou pas)
La dépression saisonnière et moi
Chèr·es lecteur·ices,
Parfois j’ai l’impression que je passe mon temps à vous parler de sujets horribles et à vous dire des trucs super tristes que vous savez déjà.
Certes, j’essaie de le faire avec un angle mobilisateur, sensible, parfois drôle ou beau, mais probablement que parfois, ben, j’y arrive pas.
Vous êtes plus de mille à recevoir mes lettres, ça m’enchante et en même temps ça me met une sacrée pression. J’ai intérêt à ne pas être trop chiante.
Alors aujourd’hui, je vais vous parler de trucs pas déprimants (je crois) et EN PLUS je vais le faire avec plein de dessins et de couleurs. Histoire de s’aérer après ma lettre du mois dernier (que je vous encourage QUAND MÊME à lire parce que vraiment c’est important et on peut tous ensemble agir sur ce sujet).
Donc, dans cette édition : des choses qui me font du bien, des bonnes nouvelles de la lutte, et plein d’aquarelles.
Point météo
Comment je résiste (ou presque) à la déprime hivernale



Voilà c’est tout, rien de révolutionnaire. En plus de ça, boire de l’eau, voire des copaines, gober de la vitamine C tous les matins et se coucher tôt. De rien, je sais, vous n’y auriez jamais pensé tout·e seul·e, heureusement que je suis là pour éclairer votre lanterne !
Et vous savez quoi ? Ça peut aussi ne pas marcher du tout. Moins de 24h après avoir écrit cette première partie de lettre, j’étais roulée en boule au fond de mon lit, en larmes, en proie à une panique déraisonnable, quasiment persuadée que je n’allais jamais réussir à sortir de mon lit pour me remettre à travailler.
Donc bon, parfois une bonne hygiène de vie ça ne suffit pas, je vais arrêter avec mes salades à la sauce développement personnelle, la vérité c’est que pour aller bien il faut aussi (surtout) de l’indulgence envers soi-même et des proches qui prennent le relais quand ça ne va pas.
Mon amoureux a séché mes larmes, m’a fait couler un bain puis m’a emmenée marcher dans la forêt en mangeant un énorme éclair au chocolat ; mon amie C. m’a cuisiné tout un repas avec un gâteau noix-chocolat juste divin ; on s’est invité·es chez J. et S. pour un petit déjeuner gargantuesque ; A. et P. m’ont accueillie pour un goûter et un bain nordique sous les étoiles.
Et moi, j’ai décidé de faire des trucs qui ne servaient à rien, qui n’allaient pas faire avancer mon boulot ni rendre le monde meilleur, mais qui allaient (peut-être) me permettre de reprendre un peu mon souffle.
Et ça me fait mal d’écrire ça parce que certes la coach en santé mentale dans ma tête dit “mais évidemment que prendre soin de soi c’est nécessaire, t’arrête pas de le dire, et oui ça passe par faire des trucs apparemment inutiles” mais la militante lui répond qu’avec tout ce que j’ai comme privilèges, c’est juste une excuse à deux balles pour en faire moins et pouvoir être égoïste tout en ayant l’impression de ne pas trahir mes idéaux.
J’écoute les deux et je ne peux pas trancher.
En tous cas, je suis immensément reconnaissante à ma formidable toile de soutien1 et je mesure ma chance d’être si bien entourée. J’espère que votre hiver à vous n’est pas trop rude, et que vous avez aussi des ami·es avec qui le partager.
Ou faire comme le chiot en question et passer vos journée en boule sur un fauteuil devant le poêle.
Et puisque cette lettre devait parler des choses joyeuses, je voulais quand même vous partager quelques…
Eeeh oui, incroyable mais vrai, cela existe encore.
Je vais vous en parler dans un domaine très précis, l’accueil des personnes exilées. Sur ce sujet le contexte global est pourri, évidemment, mais localement la lutte paye et du coup en ce moment ça ne va pas si mal : tou·tes les jeunes pris·es en charge par les asso du secteur sont scolarisé·es !
Baptiste et moi avons vu très nettement la différence sur Hervé. Hervé (c’est un faux nom pour préserver son anonymat) est un jeune exilé qu’on accueille depuis deux ans à mi-temps, en alternance avec une autre famille. Il habite trois semaines chez nous puis trois semaines chez une autre famille, c’est une sorte de garde alternée.
Il est arrivé à la maison à 16 ans et ce n’était pas facile. Il n’avait rien à faire de ses journées à part deux cours de soutien scolaire par semaine, donnés par des bénévoles. Il était dans l’attente de la suite de sa procédure de recours (pour être reconnu mineur par l’État et donc pris en charge par l’aide sociale à l’enfance), et voyait avec angoisse les mois passer et le rapprocher de ses dix-huit ans…
Depuis janvier 2025, il va enfin à l’école, et il s’est épanoui comme une fleur. Il a une raison de se lever le matin, des copaines, des super résultats, un prof principal qui le soutient, de bons stages… Son humeur s’est beaucoup allégée, il peut enfin envisager un avenir en France (même si ça ne sera pas simple), il a enfin une vie presque normale d’ado de son âge. Il devrait avoir son CAP à la fin de l’année (alors qu’il avait arrêté l’école au CM2 en Côte d’Ivoire !).
On va fêter ses 18 ans dans quelques jours, on fera une fête en famille, avec du poulet et du riz. Il veut des baskets de marque et on va les lui offrir parce que je me réjouis qu’il puisse avoir des rêves de son âge.
Vraiment, quelle joie de le voir grandir, s’ouvrir, se poser, devenir un jeune homme, bien dans ses (belles) baskets ! Je me sens confiante pour la suite. Il sait qu’on est là, et je sais qu’il a des ressources.
Cette scolarisation, si importante dans son parcours, elle n’est pas tombée du ciel. Ce sont les associations locales qui ont traîné le rectorat en justice pour exiger que soit respecté le droit à la scolarisation. Et ça a marché. Un rapport de force s’est construit, et miraculeusement des places sont apparues dans tout un tas de formations. Sauf qu’il n’y a pas de miracle : il n’y a que du travail et de la détermination.
Deux autres jeunes qu’on avait accueilli·es sur des périodes plus courtes (quelques mois) ont été finalement reconnu·es mineur·es et sont donc pris en charge par l’aide sociale à l’enfance. M. viendra passer les fêtes de Noël avec nous. Je ne l’ai pas vue depuis le mois de juin et j’ai hâte de la serrer dans mes bras… C’est particulier, ces relations qui se créent dans le partage du quotidien. Au début c’est parfois laborieux (et ça l’est toujours à certains moments), on se comprend mal, on ne sait pas quoi se dire, il faut que la relation s’installe. Mais petit à petit, dans les moments ensemble et les activités partagées, elle se tisse. Et on fait famille. Une grande famille ouverte, aux liens souples.
Un petit cadeau de Noël ?
Vous aussi, vous pouvez contribuer à ce que des jeunes comme Hervé soient accueillis et accompagnés, soit en filant un coup de main à des collectifs d’eccueil de personnes exilées proches de chez vous, soit en les soutenant financièrement !
Avec Loue Solidaire, l’asso avec laquelle j’accueille des jeunes, même si on n’a pas des besoins énormes, on a quand même des frais à assurer : déplacements et forfaits de téléphone des jeunes, frais de cantine, soutien aux familles accueillantes... On ne fonctionne qu’avec des dons, ceux-ci sont donc essentiels pour que l’association puisse continuer à accompagner des jeunes exilé·es.
»Faire un don ici :-) «
Si vous pouvez donner dix ou vingt euros, c’est déjà génial, et vous pouvez même déduire 66% de votre don de vos impôts si vous en payez (et ainsi faire en sorte que l’État participe, ce qui est la moindre des choses puisqu’on assure des missions — comme donner un toit à des mineur·es — qu’il devrait normalement prendre en charge). Mille mercis d’avance !
Aujourd’hui, un petit point technique sur le fonctionnement de cette newsletter : je crois parfois que cela va de soi, mais des échanges avec certain·es d’entre vous m’ont rappelé mais tout le monde n’est pas forcément rompu au numérique et que ça ne ferait pas de mal de clarifier le fonctionnement de cet espace.
Vous lisez actuellement Le Carnet, une publication que je crée depuis un réseau social de newsletters qui s’appelle Substack.
Vous recevez donc mes lettres soit tout simplement dans votre boîte mail (si vous êtes abonné·e) soit dans votre onglet abonnement sur l’application Substack (si vous êtes abonné·e et que vous avez l’appli), soit sur l’application Substack (si vous n’êtes pas abonné·e mais que vous avez l’appli), soit en ligne sur le site internet, directement depuis ma page Substack (=>https://louiseplantin.substack.com).
Sur ma page, vous pouvez retrouver toutes les lettres précédentes. J’y raconte par exemple mon rapport au cocooning, une désagréable expérience avec un radiologue, comment j’ai tissé des liens fort avec mes ami·es ou encore comment je fais tenir ensemble le maintien d’une santé mentale correcte et la sensibilité à l’état du monde.
L’abonnement de base est gratuit, mais je propose également une formule payante.
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Enfin, n’hésitez pas à m’écrire, soit par mail soit en commentaire, j’essaie de toujours répondre !
Voilà pour le petit récap ! J’espère que c’est plus clair pour tout le monde.
Je retourne à mes planches de BD, bon courage à vous pour ces dernières semaines les plus sombres de l’année, bientôt la remontée !

Prenez soin de vous, des autres et du monde si vous en avez la force,
Je vous souhaite une belle journée.
Louise
























C'est génial !
Merci pour tes mots Louise, cette newsletter donne du baume au coeur !
Je vous souhaite de beaux moments en cette fin d'année, et de réjouissants pas dans la nouvelle avec ou sans nouvelles baskets !